Partenaires




Rechercher


Accueil du site > Actualités > Un prix Nobel d’Economie au BETA

Un prix Nobel d’Economie au BETA

Le 23 juin 2014 - après son intervention au forum "Economic Ideas" - Robert Aumann était l’invité du Bureau d’économie théorique et appliquée (BETA)Une centaine de personnes ont pu assister à cette rencontre : des économistes bien sûr, mais aussi des enseignants du secondaire, des mathématiciens et des philosophes. Le public a pu échanger durant près d’une heure et demie avec Robert Aumann.

Le débat avec la salle, dirigé par Samuel Ferey, s’est porté sur quelques questions générales, auxquelles Robert Aumann a répondu avec faconde, humour et simplicité, mêlant des réflexions épistémologiques à des souvenirs professionnels et familiaux, témoignant d’une hauteur de vue fruit de plus d’un demi-siècle passé en contact avec de nombreux chercheurs de grande excellence.

Robert Aumann est d’abord revenu sur la manière dont il envisageait le statut de la théorie des jeux au sein des sciences sociales. Ainsi, il a éclairé l’opposition normatif/positif en s’appuyant sur le triple rôle, à ses yeux, de la théorie des jeux : un rôle d’unification, de compréhension et de simplification. Unification, car elle met au jour des structures mathématiques communes, sous-jacentes à de nombreux phénomènes qui pourraient apparaître comme disparates ; compréhension, car elle permet de mieux comprendre les phénomènes empiriques en rapportant les relations de phénomènes inconnus à des relations connues ; simplicité, car elle travaille sur la base d’hypothèses simples et peu nombreuses. Ce faisant, elle peut à la fois être vue comme une théorie descriptive et normative selon que l’on se place du point de l’acteur (comment dois-je agir ?) ou du point de vue social (comment la société doit organiser la coopération).

Ceci l’a amené alors à discuter de l’apport de l’économie expérimentale comme méthode de test. Les apports d’auteurs comme Kahneman et Smith, quoique radicalement opposés dans leurs résultats, peuvent être lus de manière unifiée : tandis que l’économie comportementale analyse les réactions des agents économiques dans des situations peu familières, donnant lieu alors à des biais systématiques, l’économie expérimentale cherche au contraire à caractériser les comportements humains dans des environnements familiers.

Enfin, les rapports entre théorie pure et théorie appliquée ont beaucoup retenu l’attention de Robert Aumann, autour du rôle des économistes dans la crise contemporaine et plus fondamentalement dans la manière d’appréhender l’applicabilité des théories. Illustrant son propos par sa propre expérience, Robert Aumann a montré que la frontière entre théorie pure et théorie appliquée n’est pas aisée à définir. Ainsi, lorsqu’il commence son travail dans les années 1950 sur la théorie des nœuds en mathématiques, celle-ci ne présente aucune applicabilité précise et appartient à la théorie pure, et ce n’est que bien plus tard que Robert Aumann a réalisé que ses travaux pouvaient être utiles dans des sciences empiriques et appliquées, en l’occurrence, en biologie autour de l’étude de la structure de l’ADN. Et c’est alors une leçon de science que Robert Aumann a proposé à tout l’auditoire, puisque le statut d’une théorie – pure ou appliquée – n’est qu’une question de temps, mais le temps long de la recherche est souvent bien différent du temps court des gestionnaires de la recherche. Autant de raisons de lutter contre la pression d’un court-terme mal maîtrisé qui menace le réel progrès scientifique.

Modifier cet article